Ernest Prados

PRADOS Ernest, Isidore, Manuel [Pseudonyme dans la Résistance, Philippe]
 
Né le 6 septembre 1921 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; abattu le 19 juillet 1944 à Aix-en-Provence ; combattant volontaire en Espagne dans une milice anarchiste, membre des Jeunesses communistes (JC) et, peut-être, antérieurement, des Jeunesses socialistes ; journalier, maçon ou ouvrier ébéniste ; résistant FTPF (Francs tireurs et partisans français).
 
Ernest Prados était le fils de Fernande Gaillard, journalière, et de son époux, Fernandez José Prados, charcutier, domiciliés rue des Marseillais à Aix-en-Provence. José Prados, né le 26 janvier 1900, à Arrigorriaga (arrondissement de Biscaye au pays basque espagnol), fut naturalisé français par décret du 25 juillet 1934. 
C’est peut-être cette ascendance paternelle basque qui poussa le jeune Ernest, à l’âge de quinze ans, à s’engager dans la guerre d’Espagne, aux côtés des Républicains. On le retrouve, en 1937, sur le front de Huesca (an nord de l’Espagne), dans la colonne anarchiste Los Aguiluchos (Les Aiglons). Il y fit preuve, pendant cinq mois et demi, selon les témoignages de plusieurs de ses camarades de combat, les anarchistes suisses Albert Minnig et Gustave Perdrisat, d’une grande bravoure. Il refusa, comme eux, la « militarisation » des milices (leur intégration dans l’armée régulière), et choisit, avec Albert Minnig, de rejoindre, au Castillo Ferrer, à quelques kilomètres du front, la section italienne de la colonne Ascaso (groupe 39, centurie 4), composée d’anarchistes et de « giellistes » (partisans de Giustizia e Libertà - Justice et Liberté - des frères Rosselli) et qui entend demeurer autonome. Mais, réclamé par le consulat de France, à la fin janvier 1937, et par sa mère qui vint le chercher en Espagne, Ernest Prados fut démobilisé à son corps défendant et rapatrié en France. Gustave Perdrisat dresse, dans ses souvenirs, un tableau émouvant de ce départ et un portrait chaleureux du « benjamin du régiment » : « Un gosse, quoi ? Que non pas, mais un homme de quinze ans, car Prados est brave, valeureux, sans peur. Il se moque de la mort. […] Quoi ? Le gosse, notre gosse partait là, tout à coup ? On n’allait plus entendre sa gouaille, ses bons mots, ses frais éclats de rire. On perdait tout cela : ce brave cœur, si bon, si généreux, l’enfant du régiment, connu d’un extrême à l’autre de la tranchée, si franc, si gai, si farce ». La séparation d’avec ses camarades fut douloureuse également pour Ernest Prados : « Il refuse tout d’abord de partir, ainsi qu’un certificat du gouvernement qui le remercie pour son dévouement et son courage. Puis, se rendant compte de l’angoisse dans laquelle sa mère est plongée, il se décide, nous embrasse tous et part avec de grosses larmes de regret sur les joues. Consternés, nous le regardons s’éloigner sur la grande route, mais nous nous consolons en pensant qu’il va vers la vie, et nous parlons longuement sur sa bonne tenue à nos côtés, dans les moments les plus tragiques passés pendant ces cinq mois et demi de front » (Albert Minnig, « Cahier d’un milicien dans les rangs de la CNT-FAI », Le Réveil anarchiste , n° 986, 20 novembre 1937).
Cette expérience militaire précoce fut prolongée, à Aix-en-Provence, lors de la Seconde Guerre mondiale, au sein des FTPF avec lesquels Ernest Prados prit contact en 1944. Avant un éventuel enrôlement, il fut interrogé sur ses motivations par André Claverie, Jean-Paul , responsable militaire FTP d’Aix-en-Provence, qui le rencontra dans ce but, cours Sextius, en mai 1944. Dans la relation qu’il fit de cette rencontre, Jean-Paul décrivit un « jeune homme, presque un adolescent » qu’il sentit « un peu perturbé ». Ernest Prados, désireux à tout prix de le convaincre, lui indiqua être réfractaire au STO (Service travail obligatoire), donc déjà dans l’illégalité, et avoir été, avant guerre, membre des Jeunesses socialistes, puis des Jeunesses communistes. Mais il n’aurait pas évoqué, à cette occasion, son engagement en Espagne, du moins André Claverie n’en fait pas état dans son témoignage. Cette discrétion est-elle liée à la participation d’Ernest Prados à une colonne anarchiste ? Compte-tenu des affrontements qui opposèrent, à Barcelone, pendant la guerre d’Espagne, les communistes aux anarchistes et aux trotskistes, cet engagement aurait pu être défavorable à son intégration dans les FTP. Il ne serait pas étonnant qu’André Claverie en ait eu, tout de même, au moins quelques échos. Mais, quoiqu’il en soit, la « volonté farouche et déterminée de combattre » du jeune homme leva les réticences de Jean-Paul.
Ernest Prados, après avoir été testé dans quelques actions bégnines, participa alors, sous le pseudonyme de Philippe, à plusieurs interventions du groupe FTPF aixois. Ainsi, à la fin mai 1944, il fit partie, avec Daniel Gay, Marie-Jean, du groupe de protection armé d’une grande manifestation qui accompagna, à Marseille, la « grève du pain ». Les deux hommes furent d’ailleurs interpelés à cette occasion par la police qui, menacée par leurs camarades, les relâcha. Le 15 juin 1944, il ravitailla, toujours en compagnie de Daniel Gay, le maquis de Saint-Antonin-sur-Bayon (Bouches-du-Rhône). Les deux hommes qui passèrent la nuit auprès des maquisards, échappèrent de justesse à l’attaque de ce maquis par les Allemands (Voir Saint-Antonin-sur-Bayon, lieu d’exécutions). 
Le 19 juillet, Ernest Prados, fut chargé d’une mission de représailles conduite par les FTP aixois. Celle-ci devait s’exercer à l’encontre de malfrats qui, sous le fallacieux prétexte de la Résistance, se livraient à des opérations de racket sur certains paysans du quartier des Platanes, situé au Nord d’Aix sur la route de Venelles.
 Daniel Gay avait donné rendez-vous à son groupe à cinq heures du matin, afin de précéder la mise en place des barrages allemands. Ernest Prados resta endormi - « pour des raisons que sa jeunesse pouvait expliquer » (André Claverie) – et il n’enfourcha sa bicyclette pour se rendre au lieu de rendez-vous que vers les huit heures. Parvenu au lieu-dit Les Platanes, il fut arrêté par un barrage de la Feldgendarmerie. Les militaires ne virent en lui qu’un réfractaire au STO et il fut reconduit à Aix, à la caserne Forbin, par un seul Allemand. Arrivé à proximité de la rue Maréchal Joffre qui n’est pas très éloignée de cette caserne, Ernest Prados jeta son vélo dans les jambes du Feldwebel et s’enfuit en courant. Sa fuite fut de courte durée. Rue Pavillon, il se heurta à une patrouille allemande qui procédait à des contrôles d’identité. Les soldats allemands ouvrirent le feu et le blessèrent mortellement.
 
L’assassinat de ce jeune homme suscita, parmi les Aixois, une grande émotion dont les FTP et les organisations de femmes résistantes se saisirent. Le résultat fut un cortège funéraire impressionnant, qui, le 21 juillet, accompagna le cercueil d’Ernest Prados jusqu’au cimetière Saint-Pierre, porté dans les derniers mètres, sur les épaules de ses camarades. Un groupe de protection veillait discrètement et le sous-préfet avait été mis en garde contre toute velléité d’intervention. Certaines femmes arboraient des rubans tricolores sur leurs robes. Devant la tombe, une minute de silence fut observée et un Espagnol prononça quelques mots, puis La Marseillaise fut reprise par toute l’assistance. Les obsèques d’Ernest Prados comme celles d’autres résistants, furent l’occasion d’une véritable manifestation patriotique.
 
Après la Libération, les Jeunesses communistes d’Aix-en-Provence entretinrent la mémoire d’Ernest Prados. Son nom fut donné, en février 1945, au cercle des JC et une course cycliste « Souvenir Ernest Prados » fut organisée le premier avril 1945. Une plaque commémorative fut apposée sur le lieu de sa mort tragique, rue Pavillon, à la croisée avec la rue Maréchal Joffre (aujourd’hui place Jean Boyer). Le 19 juillet 1945, à l’appel de l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF, dans laquelle les JC étaient intégrées), un cortège important partit de la place de la mairie, siège de cette association, pour aller fleurir, d’abord cette plaque, puis la tombe d’Ernest Prados au cimetière Saint-Pierre. Celui-ci devint un « exemple de l’héroïsme des jeunes Français qui n’ont jamais accepté la défaite et l’asservissement », exemple que les Jeunesses communistes d’Aix-en-Provence continuèrent, jusqu’à nos jours, à commémorer. 
Ernest Prados obtint la mention « Mort pour la France », le titre de « Combattant volontaire de la Résistance » et fut homologué adjudant-chef. Cité à l’ordre de la division comme « jeune résistant actif courageux jusqu’à la témérité. Volontaire pour toutes missions difficiles et périlleuses », il fut décoré de la Croix de Guerre avec étoile d’argent. 
Le nom d’Ernest Prados est aussi inscrit, à Aix, sur le monument de la Résistance du cimetière Saint-Pierre et sur la plaque commémorative de la place des Martyrs de la Résistance, « La ville d’Aix-en-Provence à ses morts déportés et fusillés », à Lambesc (Bouches-du-Rhône) sur le Mémorial du maquis de Sainte-Anne. Il a également été donné à une rue de la ville, dans le quartier de Pont de l’Arc.
 
POUR CITER CET ARTICLE :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article208542, notice PRADOS Ernest, Isidore, Manuel [Pseudonyme dans la Résistance, Philippe] par Robert Mencherini, Gérard Leidet, version mise en ligne le 9 novembre 2018, dernière modification le 9 novembre 2018.
 
SOURCES : AVCC Caen, 21 P135352 . — Archs dep. des Bouches-du-Rhône, 2159 W 368. — Arch. mun. Aix-en-Provence, 6H57, 6h58, 6H61. — Arch. ANACR Aix-en-Provence. — Centre des archives diplomatiques de Nantes, fonds du consulat de Barcelone, 72PO/2/63, lettre du 27 janvier 1937. — Journal officie l, 6 août 1934. —  Le Réveil anarchiste , 1937. — Rouge-Midi , 6 février, 1er, 25, 28 mars, 22-23 juillet 1945 — Edouard Sill, « La croisade des gosses. Fugues, disparitions et enrôlements volontaires de mineurs français en Espagne durant la guerre civile », Vingtième Siècle. Revue d’histoire , 2011/2 (n° 110). — Comment fut libéré Aix-en-Provence. Histoire du détachement Jean-Delmas (9e compagnie FTPF) , Marseille, Éditions « Combattre »/ les Amis des FTPF, sd. — Jean-Maurice Claverie, La Résistance, notre combat, Histoire des FTPF du pays d’Aix , Beaurecueil, Ed. Au seuil de la vie, 1991. — Robert Mencherini, La Libération et les années tricolores (1944-1947), Midi rouge, ombres et lumières , t. 4, Paris, Editions Syllepse. — Albert Minnig, Ed Gmür, Pour le bien de la Révolution. Deux volontaires suisses miliciens en Espagne, 1936-1937 , Lausanne, CIRA, 2006. — Gustave Perdrisat, Trois mois au service de la révolution espagnole, récit-reportage d’un ex-volontaire , slnd., cité par Édouard Sill, op. cit. — Jean-Claude Pouzet, La Résistance mosaïque, Histoire de la Résistance et des Résistants du Pays d’Aix (1939-1945) , Marseille, Éditions Jeanne Laffitte, 1990. — Notice Ernest Prados, in Dictionnaire international des militants anarchistes . — État-civil.