Honoré Maroc

Maroc Honoré, Gustave, Etienne, né le 20 juillet 1898 à Cadolive (Bouches-du-Rhône), mort le 15 décembre 1980 à Gréasque (Bouches-du-Rhône); ouvrier-mineur; syndicaliste (CGTU puis CGT); militant communiste puis socialiste; maire de Cadolive (1947-1965).

 

Honoré Maroc naquit à Cadolive (Bouches-du-Rhône), cité industrielle située en plein sud du bassin minier de Fuveau-Gardanne. C'était, pour peu de temps encore (jusqu'en 1900), un hameau de Saint-Savournin qui jouissait déjà d'une relative autonomie avec son école, son église, sa poste et son cimetière; animé, comme tous les villages aux alentours, d'une forte tradition minière.

Le père, Antoine Maroc, âgé de trente-deux ans lors de la naissance de l'enfant, était mineur; la mère, née Blanche Ligier, alors âgée de 23 ans, était repasseuse.

Honoré Maroc fréquenta l’école publique de son village où il eut commme instituteur Victor Costa, également secrétaire de la section locale socialiste (SFIO), qui fut tué au front en décembre 1914. Il fut reçu au certificat d’études primaires en juillet 1910, il avait alors douze ans. Un an plus tard, il fut embauché successivement au puits Armand et au puits Germain, situés dans le quartier industriel de Valdonne, proches tous deux de son village natal.

Peu de temps avant le congrès de Tours de décembre 1920, lorsque Marcel Cachin- vint à La Ciotat afin d'appeler les socialistes du département à adhérer à la IIIe Internationale, Honoré Maroc faisait partie de la délégation de mineurs de Cadolive venue écouter le directeur de l’Humanité et député de la Seine. A leur retour, section et municipalité adhérèrent à l'Internationale de Lénine. Est-ce à ce moment-là qu'Honoré Maroc adhéra au Parti, ou bien un peu plus tard, au temps du Front populaire?...

Au début des années 1920, alors qu'à Gardanne, Gréasque, et Trets les mineurs demeuraient très majoritairement à la CGT, autour de militants bien aguerris tels Victor Savine et Marius Joly, Honoré Maroc s'orienta, comme de nombreux mineurs du Bas-Canton, vers la CGT-Unitaire (CGTU), animée à Valdonne, par Louis Julien et Alfred Bousquet, et milita très vite au syndicat.

Dans le bassin minier des Bouches-du-Rhône, les sections CGT et CGTU de Gardanne-Biver avaient ouvert la voie de la réunification syndicale en fusionnant lors d'une assemblée générale qui se tint le 27 octobre 1935. La fusion toucha ensuite (entre le 3 novembre et le 1er décembre) les syndicats des autres puits du bassin minier. Le congrès départemental de fusion ( 4 et 5 janvier 1936) n'avait plus dès lors qu'à entériner les choix précédents. Honoré Maroc fut délégué au congrès d'Albi (avec Louis Julien) pour représenter les mines de Valdonne (puits Armand, et Baume de Marron) et de Saint-Savournin (puits Germain). Les autres délégués au congrès étaient: Victor Savine, Julien Payan, Jean Milanesi, Jean Barthélémy, Louis Jonche- et Julien Dagnan - parfois prénommé Jules - (pour Gardanne-Biver); Etienne Emmanuelli (Fuveau-Gréasque), et Marius Nègre (Trets); enfin Louis Armand- qui représentait la 2e Région au conseil national de la CGT.

Dans le bassin minier, les grèves de juin 1936, et les occupations furent le plus souvent brèves, mais "comme dans l'ensemble du pays, colorées" (Gérard Pio). Le 10 juin, les 500 ouvriers de l'usine d'alumine donnèrent le coup d'envoi en occupant les lieux jusqu'au 14 juin; puis ce furent les mineurs de Biver (15 juin), Meyreuil et tous les autres puits (16 juin) qui suivirent le mouvement social. Le travail reprit le 18 juin, sauf aux mines de Valdonne (puits Armand et Germain) où travaillait Honoré Maroc, et où l'arbitrage fut nécessaire pour vaincre la résistance du patronat local, et obtenir les hausses de salaires exigées. Dans la même période, Honoré Maroc assista au meeting de Maurice Thorez, organisé par le Parti communiste le 21 juin devant le boulodrome Saint-Roch à Gardanne.

Au cours de l’année 1939, Honoré Maroc était le secrétaire administratif (alors poste important) du syndicat CGT des mineurs de Valdonne. Il assumait alors également la fonction de délégué mineur. Il fut ensuite actif dans la Résistance dans le canton de Roquevaire. Plusieurs militants furent bientôt emprisonnés ou internés. Honoré Maroc subit ce sort avec trois de ses camarades mineurs (Cabannes de Cadolive; Jean Cometto* et[Etienne Emmanuelli de Gréasque), ainsi que[Léon David, ancien conseiller d’arrondissement du canton de Roquevaire (1934-1940), déchu de son mandat par décret du 25 janvier 1940, et arrêté en octobre 1940.

Lors du scrutin municipal d'octobre 1947, Honoré Maroc fut élu maire de Cadolive; il succédait dans cette fonction à Delphin Cabane (délégation spéciale, 3 novembre 1944-7 mai 1945) et à Gabriel Mariaud, premier maire élu de l'après-guerre (9 mai 1945-25 octobre 1947). Il fut réélu maire de sa commune lors des mandants suivants (1953-1959; puis 1959-1965). Le 28 mars 1965, Maurice Long lui succéda.

Lors de la deuxième vague de grèves (1947-1948), celle de 1948, Honoré Maroc se retrouva, avec Isidore Gautier, maire de la commune voisine de La Bouilladisse, comme militant syndicaliste et maire communiste, au centre du conflit social. Le gouvernement Henri Queuille avait décidé de réduire les effectifs des houillères de 10% et de "sortir" les accidents du travail du régime de la sécurité sociale minière. La publication, le 18 septembre, des décrets Lacoste, ministre de l’Industrie, décida la CGT du sous-sol à formuler le 23 septembre ses propres revendications : abrogation des décrets, mise en place d’une échelle mobile des salaires pour lutter contre la forte inflation qui sévissait depuis le début de l’année, revalorisation des retraites. Le recours à la grève, effectif dès le 4 octobre allait se heurter à une série de mesures exceptionnelles mises en oeuvre par Jules Moch visant à briser une grève qualifiée d’insurrectionnelle. A ce titre, le gouvernement rappela 30 000 hommes de la classe 1947 pour appliquer la stratégie de "dégagement des puits". Dans le Bassin minier de Provence, la troupe investit les cités minières, en particulier celle de Biver (hameau de Gardanne) et dès le 7 octobre, elle occupa le carreau de Gréasque. S’il n’y eut pas d’affrontements significatifs (comme à Merlebach ou Firminy), l’épisode le plus tendu eut lieu à La Bouilladisse, dans le quartier de Bigaron (voir la notice Isidore Gautier).

La répression qui suivit, pénale, s’étendit aux sanctions civiques et électives, et deux élus élus locaux, Honoré Maroc et Isidore Gautier, furent suspendus à la suite de leur mise en cause pénale. Ainsi, dans un article titré « Dans les Bouches du Rhône, deux maires communistes suspendus », Le Populaire du 25 octobre 1948 indiquait : « Les maires communistes de la Bouilladisse et de Cadolive où se sont produits des incidents, font l’objet d’un arrêté de suspension, leur attitude ayant été jugée inconciliable avec les devoirs de leur fonction...». Cet épisode valut à Honoré Maroc une suspension d'un mois, à partir du 28 octobre 1948, de ses fonctions de maire prononcée par le Préfet des Bouches-du-Rhône, le Préfet Bayot. Le motif de cette sanction précisait qu'il avait "refusé de faire appliquer l’arrêté préfectoral interdisant les réunions publiques et privées sur le territoire de sa commune". (Isidore Gautier fut suspendu huit jours de ses fonctions de maire).

Honoré Maroc exprima, en 1950, des désaccords concernant l'application du régime de retraite des salariés des Mines. Vu la pénibilité du travail des mineurs, les spécificités de leur régime spécial concernant l'âge légal de départ (55 ans) permettaient des possibilités de retraite anticipée. Ainsi, un mineur qui avait passé 20 ans "au fond" pouvait partir à la retraite à 50 ans. Chargé de famille, il souhaita continuer à travailler au-delà de ce seuil, et selon le témoignage de son neveu, Hubert Boythias, il aurait été exclu pour ce motif de la CGT et du PCF. Il rejoignit alors la SFIO et sans doute la CGT-FO.

Honoré Maroc s'était marié le 14 novembre 1926 avec Marie-Antoinette Folco âgée de 26 ans, mère au foyer. Il était le père de cinq enfants.

Parmi ces derniers, Armel, jeune délégué mineur, sergent des Forces françaises de l'intérieur (FFI), faisait partie du groupe de résistants " Les loups roudaïres". Le 16 août 1944, le groupe tomba dans un piège tendu par les allemands à Valdonne, près du Puits de Baume-de-Marron (Peypin). Armel Maroc (18 ans, il était né le 1er octobre 1926) faisait partie des cinq résistants qui furent tués (avec Dominique Giraudo, Lucien Coeillet, Pierre Dubois de Jansigny et Alfonso Florès). Cet épisode tragique endeuilla tout le bassin minier.

SOURCES:

 

"Rouge Midi", organe régional du Parti communiste, 24 février, 21 avril, 26 mai 1939 (BNF Gallica). — Note de Louis Botella. — A. D. M. 1 Z 81 et XIV M 25/ 75 et 77. — Jean-Louis Vivens, "Conflit social ou affrontement politique ? La grève des mineurs en France en 1948 sous les angles de la solidarité ́et de la répression", mémoire de Master 2, 2015, p. 133-134. — "Le Populaire", lundi 25 octobre 1948. — X. Daumalin, J. Domenichino, Ph. Mioche et O. Raveux, Gueules noires de Provence, le bassin minier des Bouches-du-Rhône (1744-2003), Ed. Jeanne Laffitte, 2005. — Témoignage de son neveu, Hubert Boythias, 8 janvier 2019. — Gérard Pio, Mines et mineurs de Provence, Editions Clair Obscur, Aix en Provence, 1984. — Etat civil et archives municipales de Cadolive et Peypin.