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Isidore Gautier

Gautier Isidore.

Né le 11 août 1907 à La Bouilladisse (Bouches-du-Rhône); mort à La Bouilladisse le 31 mars 1999; forgeron, mécanicien en cycles puis mineur; syndicaliste (CGTU puis CGT), militant communiste; Président de la Délégation spéciale (1944) puis maire de La Bouilladisse (1945-1971); Conseiller général du canton de Roquevaire (1957-1976).

Son père, Edmond Gautier était ouvrier-menuisier à La Bouilladisse, village provençal situé entre Aix-en-Provence et Aubagne. Isidore Gautier fréquenta l'école communale du village jusqu'à l'obtention du Certificat d'études primaires (CEP), puis le cours complémentaire de Roquevaire, village voisin de La Bouilladisse pendant deux années. A l'âge de 15 ans, il entra en apprentissage chez l'artisan forgeron du village qui faisait également office d'atelier de cycles. Isidore Gautier s'initia alors à ces deux métiers, forgeron et mécanicien en cycles. En 1926 il entra à la mine, grande pourvoyeuse d'emplois dans cette période pour les jeunes ouvriers du canton de Roquevaire, au puits Hély-d'Oissel situé à Gréasque au coeur du Bassin minier de Fuveau-Gardanne. Très intéressé par les questions sociales, il milita rapidement au sein de la CGT-U auprès de militants très chevronnés tels Alfred Bousquet, Louis Julien, César Poucel, Jean Torre...
Alors que s’éveillait sa conscience politique, est-ce la visite de François Billoux en 1935 à La Bouilladisse qui devait inciter Isidore Gautier à adhérer au Parti communiste en 1935 dans l’élan du Front populaire, ou bien était-il déjà membre du Parti? Toujours est-il qu'il fut de ceux, avec Marius Pélissier (le père de Francis Pélissier) qui créèrent puis animèrent la cellule locale du PCF dans la foulée de leur rencontre avec François Billoux. Il militait alors auprès de Léon David ouvrier-forgeron comme lui, secrétaire de la cellule de Roquevaire, le village voisin, entre 1925 et 1940, puis du rayon minier du bassin de Roquevaire à partir de 1926, et qui était alors une des figures marquantes du militantisme communiste dans le canton.
Isidore Gautier anima par la suite de nombreuses grèves parmi les mineurs et participa en 1935, à la marche de la faim des mineurs des bassins de Roquevaire et de Gardanne sur Marseille, en compagnie notamment de Polyeucte Négrel, maire de La Destrousse, l'autre village voisin de la Bouilladisse. Dès le 27 octobre 1935, les sections syndicales CGT et CGT-U de Biver-Gardanne fusionnèrent; il en fut de même à Meyreuil début novembre et à Gréasque le 1er décembre. Isidore Gautier fut très actif lors de ces processus de réunification. A ce titre, il fit partie de la délégation de son syndicat qui se rendit au congrès départemental de fusion qui eut lieu les 4 et 5 janvier 1936, quelques semaines avant le congrès national d'Albi où furent actées les retrouvailles nationales entre "unitaires" (CGT-U) et confédérés (CGT). Après la réunification syndicale, il devint membre de la fédération des mineurs CGT des Bouches-du-Rhône. Elu délégué suppléant, il fit partie des délégations suivantes - devenues notamment en partie "clandestines" pendant l'occupation - jusqu'en 1944.
Nommé Président de la Commission spéciale chargée d'administrer la commune de La Bouilladisse le 22 septembre 1944, Isidore Gautier fut élu maire de la Commune lors des premières élections municipales de l'après-guerre, le 6 mai 1945, succédant alors à la longue mandature de Nicolas Négrel (1922-1944). Il allait demeurer à ce poste jusqu'en 1971, constamment réélu lors des scrutins suivants: 26 octobre 1947, 10 mai 1953, 15 mai 1959, et 21 mars 1965. [Francis Pélissier->146312], Premier adjoint depuis 1969, devait lui succéder lors des élections municipales de mars 1971.
Lors de la deuxième vague de grèves (1947-1948), celle de 1948, Isidore Gautier se retrouva, comme militant syndicaliste et maire communiste, au centre du conflit social. Le gouvernement Henri Queuille avait décidé de réduire les effectifs des houillères de 10% et de sortir les accidents du travail. La publication, le 18 septembre, des décrets Lacoste, ministre de l'Industrie, décida la CGT du sous-sol à formuler le 23 septembre ses propres revendications: abrogation des décrets, mise en place d'une échelle mobile des salaires pour lutter contre la forte inflation qui sévissait depuis le début de l'année, revalorisation des retraites. Le recours à la grève, effectif dès le 4 octobre allait se heurter à une série de mesures exceptionnelles mises en oeuvre par Jules Moch et visant à briser une grève qualifiée d'insurrectionnelle. A ce titre, le gouvernement rappela 30 000 hommes de la classe 1947 pour appliquer la stratégie de "dégagement des puits". Dans le Bassin minier de Provence, la troupe investit les cités minières, en particulier celle de Biver (hameau de Gardanne) et dès le 7 octobre, elle occupa le carreau de Gréasque. S'il n' y eut pas d'affrontements significatifs (comme à Merlebach ou Firminy), l'épisode le plus tendu eut lieu à La Bouilladisse, dans le quartier de Bigaron, où le pire fut cependant évité grace à l'intervention d'Isidore Gautier. En effet, il dut s'interposer entre les manifestants grévistes accompagnés de leurs femmes, le car qui amenait les "jaunes" au poste de travail et la compagnie de CRS dépêchée sur place. Devant la tension palpable qui se faisait jour, il parvint à se poser en arbitre. Lorsqu'il s'approcha pour parler au chef du détachement,les fusils se croisèrent devant lui. Peu après, ceint de son écharpe de maire, on le laissa enfin passer. C'est un capitaine qui le reçut. En sa qualité d'officier de police Isidore Gautier lui rappela que la charge ne pouvait être ordonnée que s'il avait lui-même effectué les sommations à la foule. Le car pénétra sur le carreau de la mine et les huées se firent entendre longuement. Cet épisode lui valut néanmoins, le 28 octobre 1948, une suspension de huit jours de ses fonctions de maire prononcée par le Préfet des Bouches-du-Rhône, le Préfet Bayot. Ce dernier suspendit pour un mois le maire de Cadolive (cité minière voisine) Honoré Maroc, pour avoir "refusé de faire appliquer l'arrêté préfectoral interdisant les réunions publiques et privées sur le territoire de sa commune".
Dans le prolongement de ses mandats de maire, Isidore Gautier fut élu Conseiller Général des Bouches-du-Rhône dans le canton de Roquevaire en 1957 (élu au premier tour); et 1958. Il fut ensuite réélu dans ces fonctions, toujours dès le premier tour, lors des scrutins de 1964 et 1970.
Maire de La Bouilladisse durant près de trois décennies, il eut l'occasion d'impulser de nombreux projets visant à l'amélioration de la vie quotidienne des habitants de sa commune : école primaire [Jacques Santucci-172589], extension du réseau d'eau potable, création des transports et de la cantine scolaires, du corps de sapeurs-pompiers, d'un centre de colonies de vacances pour les enfants du village à Thard.
En mars 1976, Isidore Gautier abandonnait ses dernières fonctions électives au Conseil général; Francis Pelissier lui succéda à nouveau à ce poste. Avec Victor Savine, Roger Tassy, et Francis Pélissier, il fit partie des quatre seuls élus ayant appartenu aux Houillères de Provence à avoir siégé dans cette assemblée départementale depuis sa création.
L'école maternelle de La Bouilladisse porte le nom d'Isidore Gautier.

Gérard Leidet

SOURCE:
Archives communales de La Bouilladisse. — Archives de la Fédération des Bouches-du-Rhône du Parti communiste français — {"L'etincelle rouge du Bassin minier", bulletin édité par les sections du PCF du Bassin minier.} -- {Gérard Pio, Mines & mineurs de Provence, Ed. Clair obscur, Aix-en-Provence, 1984.}. -- {Xavier Daumalin, Jean Domenichino, Philippe Mioche et Olivier Ravaux, Gueules noires de Provence, Le bassin minier des Bouches-du-Rhône (1744-2003), Ed. Jeanne Lafitte, Marseille, 2005.} -- {Francis Pélissier, La preuve par neuf, Aubagne, Editions Groupe CCEE, 2002; Témoin de l'obscurité, La Bouilladisse, 2017.} -- Notes de Francis Pélissier, novembre 2018.