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Jules Gautier

Gautier Jules

Instituteur à Marseille, syndicaliste, trésorier (1924-1926) puis secrétaire général de la section des Bouches-du-Rhône du Syndicat national des institutrices et instituteurs publics de France et des colonies (1927-1928).

Jules Gautier était instituteur à Marseille à l'école de la rue du Docteur Escat (6e arrondissement); il habitait alors Boulevard Vauban, puis résidait plus tard au 64 Boulevard Louvain (dans le quartier du Rouet, 8e arrondissement).

En 1924, il était trésorier de la section des Bouches-du-Rhône du Syndicat national des instituteurs (SN), aidé dans cette tâche par Mme Darbon, vice-trésorière, institutrice à Saint-Pierre; le secrétaire de la section étant Bernard Varèse.

Jules Gautier fut élu secrétaire général de la section des Bouches-du-Rhône du SN lors de la séance du conseil syndical du 17 novembre 1927. Il succéda alors à Juliane Labrosse. Sur proposition de Aillaud, membre du conseil syndical, deux secrétaires adjoints complétaient le bureau: Bernard (instituteur à l'école Arenc-Bachas) et Dollo (école des Catalans).

En novembre 1927, Jules Gautier rendit compte du rapport relatif aux manuels bellicistes dont le texte avait été établi le 10 octobre 1927 par Georges Lapierre- (membre de la commission permanente du SN, secrétaire adjoint de la Fédération internationale des associations d’instituteurs) et Louis Roussel (secrétaire général du SN). Il rappelait que l'action contre les manuels bellicistes continuait, les 26 manuels indiqués aux bulletins de mai et juin 1926 demeurant proscrits. En effet, les modalités d'actions préconisées par le congrès de 1926, et précisées par la commission permanente restaient valables selon trois cas de figures ainsi déclinées:
- Dans les départements où il existait une liste départementale, il fallait agir dans les conférences pédagogiques cantonales et au comité départemental pour obtenir les radiations.
- Dans les départements où la liste était en voie d'établissement, il fallait intervenir pour qu'aucun livre n'y figure.
- Dans les départements où la liste n'existait pas, le boycottage était préconisé.
Dans tous les cas, quels que soient les résultats d'ensemble obtenus, les instituteurs devaient, selon Jules Gautier, approuvé par le bureau départemental, cesser d'utiliser les livres incriminés.

En janvier 1928, Jules Gautier présenta au bureau départemental le bilan de l'année écoulée concernant la question des traitements. La commission Martin réunie le 16 novembre 1927 avait tranché en faveur d'une prime de 16 00 francs de rattrapage pour les instituteurs (comme pour les vérificateurs des indirectes et les postiers), et validé les promotions égales. Le ministère avait donc abandonné l' application des échelles - prévues en juillet - qui auraient créé, selon Jules Gautier, des promotions inégales plus élevées au sommet qu'à la base : "Tant mieux, s'écria-t-il, la justice le réclamait ! ". Pour autant, l'action n'était pas terminée; il fallait obtenir la parité de l'avancement: " Grâce au syndicalisme, nous l'aurons...", ajouta-t-il. Tout en ne niant pas l'importance des résultats acquis, il aurait souhaité "plus et mieux pour les jeunes, surtout. ". Il termina ce bilan en rappelant la critique, certes mesurée, des dirigeants nationaux par le bureau départemental en juin 1927, mais en rendant hommage n fine à Louis Roussel et Emile Glay, secrétaire général adjoint du syndicat national des instituteurs, "pour l'énergie qu'ils ont mise à nous défendre ces mois derniers.".

Lors du Conseil syndical du 12 janvier 1928, Jules Gautier évoqua "L' affaire de l'orphelinat". Au cours de la discussion sur la situation de l'école annexée à l'orphelinat, le Conseil fut unanime pour blâmer l'attitude d'un élu "se disant ami de l'école laïque" et agissant contre le personnel enseignant. Par ailleurs, la question de l'admission des élèves ayant plus de 13 ans étant délicate, Jules Gautier fit partie (avec Juliane Labrosse, Ailllaud, Bernard, et Victor Gourdon) de la commission spéciale chargée d'étudier ce dossier. Il regretta, avec Victor Gourdon, que l'administration ait agi brusquement, sans mener d'enquête, contre une décision du Conseil des maîtres. Il fit enfin valider l'achat par la section départementale de trois publications du discours-programme de la CGT par Léon Jouhaux; puis adopter le principe d'une commission intersyndicale (avec le Syndicat de l'enseignement laïque - CGTU) sur la question du logement des instituteurs à Marseille.
Sur ce dernier point, Jules Gautier menait la délégation qui rendit visite au Préfet des Bouches-du-Rhône le 16 février 1928. Dans un courrier ultérieur de la commission du logement à Mr Le Préfet, il exprima une demande largement partagée dans la profession : l'indemnité de logement allouée aux instituteurs à Marseille était bien insuffisante pour leur permettre de se loger. En s'appuyant sur les critères du décret du 25 octobre 1894, il rappela que l'indemnité de logement (900 francs par an pour un instituteur célibataire; 1125 francs pour un instituteur marié) était largement insuffisante pour trouver un logement de quatre pièces dans la cité Phocéenne - ou un deux pièces pour un célibataire.

Conformément aux décisions de l'Assemblée générale de la section des Bouches-du-Rhône du 14 juin 1928, il écrivit un courrier aux élus du département leur demandant de ne plus "recommander à la bienveillance " des inspecteurs primaires, ou à Mr l'Inspecteur d'académie, les collègues instituteurs qui pouvaient d'adresser à eux. Le droit réclamé par ces derniers ne pouvant ici être légitimement observé que par l'entremise du syndicat. Il ajouta qu'il ne fallait voir dans cette démarche aucun sentiment de défiance à l'égard des élus concernés. Sollicités sur cette question du favoritisme, les élus - Sixte-Quenin, Henri Tasso, Députés socialistes des Bouches-du-Rhône, et Elisée Petit (Conseiller Général socialiste des Bouches-du-Rhône, adjoint au maire de Marseille), répondirent très favorablement à la lettre de Jules Gautier.

A la fin août 1928, Jules Gautier présenta le rapport moral de la section des Bouches-du-Rhône. Le poste de secrétaire général étant devenu, selon lui, trop absorbant malgré l'appoint des secrétaires adjoints, il mit un terme à son mandat de secrétaire général. Il évoqua la question de la collaboration avec l'administration, effectuée "en toute loyauté, en toute franchise et avec fermeté"; c'était là un point de dissension avec le SMEL (CGTU), assez méfiant vis à vis des rapports avec l'Inspection académique. Il insista sur les rapports étroits et réguliers avec le monde ouvrier grâce aux liens établis par les représentants du SN (Bernard Varèse, Victor Gourdon et Ch. Main) à la Bourse du travail à travers la commission administrative et la commission de contrôle, l'Union départementale, l'Union locale, et les cours professionnels. La question des effectifs, en hausse de 150 entre octobre 1927 et octobre 1928 (pour un total de 1200 adhérents), lui fit dire que c'était-là autant de pris "sur cette armée de sauvages, vivant dans un égoïsme mesquin", visant ainsi les instituteurs qui demeuraient en dehors des syndicats "gardiens et défenseurs de nos intérêts matériels et moraux". Au-delà de cette dynamique en termes d'adhésions, il souhaitait une participation effective de tous à l'activité syndicale.
Jules Gautier conclut son rapport par ces mots empreints d'un certain humanisme: "Je souhaite à notre belle section toujours grandissante une vie de plus en plus active, des efforts constants vers le mieux, vers cet idéal de justice et de bonté qui est celui de tous. Ma tâche est terminée; je me retire la conscience satisfaite d'avoir accompli mon devoir du mieux que je pouvais."

Lors du Conseil syndical du 25 octobre, il fut remplacé dans sa fonction de secrétaire général par César Durand*, ancien trésorier adjoint, et instituteur à Marseille dans le quartier du vallon des Auffes (7e arrondissement).

Gérard Leidet