Retour sur la Guerre d'espagne

 

La guerre d’Espagne, une blessure mal fermée?

Ce mardi 29 mars 2016 à la médiathèque de Gardanne était proposée par l’association Promémo, une conférence débat sur la guerre d’Espagne autour de deux intervenants, Isabelle Renaudet, universitaire, qui présentait l’état de la question et Charles Jacquier, publiciste, qui donnait chair à cet événement traumatique en commentant le témoignage de Mika Etchebéhère « Ma guerre d’Espagne à moi ». Traumatique, l’événement le fut comme le rappela Isabelle Renaudet qui intitula son exposé avec la formule empruntée à Albert Camus, « Une blessure qui ne se referme pas ». Difficile d’entrer dans les nuances de ce conflit où s’entremêlèrent une guerre civile faisant s’affronter deux Espagne (celle de la modernité républicaine, bourgeoise et laïque et celle de réaction miltaro-clericalo-nobiliaire), une guerre aux implications internationales par l’intervention de l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie d’un côté, la non-intervention des démocraties franco-anglaises, le soutien ambigu de l’URSS et l’élan brisé des brigades internationales de l’autre, et un conflit dans le conflit avec l’affrontement dans le camp républicain de deux projets, un projet réformiste (autour des libéraux et du PSOE - Parti socialiste) et un projet révolutionnaire (autour des anarchistes de la FAI - Fédération anarchiste ibérique- de la CNT - Confédération des travailleurs- et du POUM -Parti ouvrier d’unité marxiste). Blessure mal fermée ? Isabelle Renaudet  le souligna en évoquant ce que la transition démocratique, après la fin du franquisme, avait cru pouvoir ensevelir dans l’oubli et que les campagnes récentes pour obtenir la réhabilitation des victimes de la répression, ont rouverte, ranimant les passions. Blessure mal fermée? On le mesura aussi aux réactions de l’assistance (nombreuse) où les descendants de réfugiés espagnols ou de brigadistes, accusèrent ou défendirent le Parti communiste espagnol, dont le choix de donner la priorité à la guerre contre les rebelles franquistes, plutôt qu’à la révolution, le fit accuser de trahison. Echauffement qui en fit oublier presque la responsabilité initiale et fondamentale de Franco, qu’un assistant rappela en pointant du doigt d’abord ‘impact de la non-intervention sur l’issue du conflit. On peut regretter que cet échauffement ait dissuadé quelques auditeurs, venus pour avoir un exposé « universitaire » sur la guerre d’Espagne et partis prématurément. Passions d’un autre âge, semblaient-ils dire . Peut-être? En France aussi les blessures de la guerre d’Espagne ne sont pas fermées et les historiens n’ont pas encore réussi à pacifier le débat, d’autant que le retour des théories nauséabondes n’invite pas à l’indifférence.