Victor Savine

SAVINE Victor [SAVINE Edmond, Victor]
Né le 8 septembre 1891 à Gardanne (Bouches-du-Rhône), mort le 13 juin 1978 à Gardanne ; mineur, forgeron, puis ajusteur dans les mines ; secrétaire du syndicat CGT des mineurs de Gardanne et secrétaire régional du syndicat des mineurs du Sud-Est ; militant socialiste ; conseiller municipal et conseiller général (1919 à 1976) ; maire de Gardanne (1929-1941) ; (1945-1971). Résistant.


Fils d’agriculteurs, Victor Savine fréquenta l’école communale publique de Gardanne et y obtint son Certificat d’études primaires. Dès le mois de septembre 1905, il fut embauché à la Société nouvelle de charbonnage des Bouches-du-Rhône, « Exploitation Gardanne », en qualité de frappeur de chaudière « piqueur de sel ». L’année suivante, il travailla à l’atelier de réparation de Saint-Pierre, à Gardanne, puis en 1909 à Marseille. Il fut également employé aux forges Guichard puis aux forges Bonnefoy dans les quartiers de la Madrague et d’Arenc, près des ports nord de Marseille, avant de revenir à Gardanne, le 1er janvier 1911, où il travailla comme aide-forgeron à l’atelier Saint-Pierre. La même année, il adhéra au syndicat des mineurs, puis le 10 octobre, partit pour le service militaire. Il fut d’abord incorporé au 7e génie, puis le 17 mars 1914, au 15e escadron du train des équipages, où il se trouvait lorsqu’éclata la Première Guerre mondiale.  Affecté de nouveau au génie en janvier 1915, Victor Savine fut envoyé au front dans le secteur de l’Oise, puis en Champagne, en septembre 1915 ; il ramena, notamment, sous un violent bombardement, son lieutenant blessé. Il combattit aussi à Verdun, et le 10 juin 1916, fut très grièvement blessé dans le secteur d’Avocourt, évacué puis transféré à l’hôpital auxiliaire d’Aix-les-Bains. Après trois mois de convalescence, il rejoignit le dépôt du 2e génie à Montpellier en avril 1917. Réformé temporaire puis définitif en 1919, Victor Savine obtint une pension d’invalidité de 30 %, qui fut élevée en 1919 à 65 %. Il avait été décoré de la Médaille militaire, de la Croix de guerre et de la Médaille des blessés.  Dès le 1er août 1917, il avait repris son travail à l’atelier de la mine de Gardanne comme forgeron en 1919 ( deux dates pour une même action? ) puis comme ajusteur-mécanicien à partir des années 1925-1930. Victor Savine se maria le 9 mai 1918, à Gardanne et le couple eut quatre enfants. En 1918, il ( le couple? )fut élu membre du conseil syndical des mineurs CGT, puis, le 30 novembre 1919 conseiller municipal de Gardanne sur une liste de gauche. Il articula dès ce moment son activité syndicale et politique. Après la scission syndicale de 1922 (CGT-CGTU), Victor Savine qui représentait les mineurs de Gardanne (ainsi que Victorien Bossy* et Marius Joly, représentants respectifs des mineurs de Gréasque et Trets) demeura à la CGT ; tandis que les mineurs de Valdonne avec leur délégué Louis Julien, basculèrent du côté des « unitaires ». Il participa donc à la réorganisation de la CGT sur le plan départemental, au renforcement de celle-ci et occupa des responsabilités de plus en plus importantes dans le Bassin minier. En 1924, il fut élu secrétaire adjoint du syndicat des mineurs et l’année suivante, délégué suppléant au conseil national de la Fédération des travailleurs du Sous-sol.
Réélu conseiller municipal sur la liste du Bloc des gauches en 1925, il devint 1er adjoint du maire radical-socialiste, Robert Deleuil Lui-même avait adhéré, et adhéra (avait adhéré ou adhéra ?), cette année-là, à la SFIO.
En 1926, il fut élu secrétaire général du syndicat des mineurs du puits Biver, dans le bassin de lignite de Gardanne, et de la Fédération régionale des mineurs du Sud-Est. Il occupa cette fonction syndicale jusqu’en 1938. Membre du conseil national de la Fédération des travailleurs du Sous-sol jusqu’en 1938, Victor Savine demeura secrétaire général du syndicat des mineurs de Gardanne jusqu’en 1946. A la fin de l’année 1934, ce syndicat regroupait 1 050 adhérents contre 50 à peine au syndicat CGTU dirigé par Alfred Bousquet.
De 1920 à 1936, il fut membre du conseil d’administration de la caisse de secours des ouvriers et employés (Société nouvelle des Bouches-du-Rhône) en qualité de représentant ouvrier. De 1926 à 1938, Savine fit partie également de la commission administrative de l’Union départementale des Bouches-du-Rhône. Le 28 décembre 1930, une réunion, organisée en mairie de Gardanne, rassembla les responsables de tous les syndicats. Pour la première fois depuis la scission de 1921, les militants « confédérés » et « unitaires » se rencontraient. Outre V Savine, Louis Julien, Alfred Bousquet (Meyreuil), et Marius Joly, présents à cette assemblée, évoquèrent la situation sociale (le chômage sévissait depuis quelques mois dans le bassin minier), et esquissèrent une démarche commune. Savine rédigea et publia le compte-rendu de cette rencontre à l’issue de laquelle il écrivait : « La discussion [s’était] déroulée fraternellement. Réconfortante d’un bout à l’autre, elle sera profitable à la profession…Depuis neuf ans, c’est la première fois que les représentants de toutes les organisations syndicales des mineurs des Bouches-du-Rhône se réunissent sans aucune distinction, tous sur le même niveau et que, sur une question donnée et essentielle, le chômage, tous, sans exception, aient eu le même point de vue et pour ainsi dire les mêmes solutions à proposer… ». Au cours de cette période, il participa à plusieurs mouvements de grève dans le bassin minier (16-31 mars 1931) et jusqu’à Marseille où aboutissaient les livraisons de lignite. En avril 1933, ce fut en tant que maire qu’il soutint une grève de trois jours.  A l’issue des élections de mai 1929, il fut élu maire de Gardanne, avec l’appui des radicaux. Les services de la sous-Préfecture d’Aix-en-Provence notèrent en effet que l’ancien maire radical avait été battu et remplacé par son premier adjoint unifié : « Il n’y a d’ailleurs pas eu de lutte dans cette commune, la plupart des unifiés compris dans le nouveau conseil municipal appartenaient déjà à l’ancien. L’ancien maire radical s’est présenté tout seul et a été battu. Une liste communiste s’est présentée et a été battue ». Le nouveau maire de la cité minière était par ailleurs qualifié « d’homme sérieux, qui paraît devoir être un administrateur diligent ». Il fut réélu en 1935, comme tête de la liste SFIO, avec trois adjoints membres de son parti, Louis Car*, Antoine Mérentier* et Ernest Jullien. Le 29 avril 1935, V Savine envoya une lettre de protestation au sous-préfet, relative(ment) aux incidents qui s’étaient produits à Gardanne le dimanche  7 avril , opposant fascistes et anti-fascistes. En effet, depuis la fin des années 1920, un parti fasciste, Le Fascio, s’était organisé à Gardanne autour de Ugo Micchi, un « correspondant » dévoué à la cause et activiste connu. Le maire demanda dans sa lettre qu’ « en ce qui concerne U. Micchi, sujet italien demeurant à Gardanne, il serait bon et nécessaire, que cet étranger observe un peu mieux les règles les plus élémentaires du droit d’asile en France…La population de Gardanne comprend actuellement un grand nombre d‘italiens naturalisés français, ou de fils d’étrangers nés en France ayant opté pour la France à leur majorité, qui ne veulent pas être brimés par les agissements du sujet Micchi… ».
Par contre, il échoua aux élections cantonales de mai 1931, ayant dû affronter un autre candidat socialiste, Edouard Bouffier, maire des Pennes-Mirabeau. Légèrement devancé au premier tour (1 234 voix contre 1 279 sur 3 678 inscrits), Victor Savine fut battu au second par 1 476 voix contre 1 489 à son adversaire sur 3 083 suffrages exprimés. Savine réclama l’annulation du résultat en raison de fraudes dont il accusa Bouffier. Proclamé néanmoins élu, ce dernier, après enquête, vit son élection annulée le 10 juillet par le conseil de préfecture. Aux nouvelles élections d’octobre 1931, Victor Savine fut élu au premier tour, avec 1 501 voix sur 3 666 inscrits contre le socialiste Elie Corradi, maire de Septèmes-les-Vallons (1931-1941 puis 1944-1951). Savine quitta-t-il le parti en raison de ces compétitions ou fut-il attiré par les néo-socialistes ? Quoiqu’il en soit, il avait  réintégré la SFIO au congrès de Toulouse  (mai 1934).  En octobre 1934, Victor Savine se heurta de nouveau à Bouffier, qui avait, entre temps, quitté la SFIO et se présentait avec l’étiquette de républicain-socialiste ou de socialiste indépendant, pour le renouvellement de son mandat de conseiller d’arrondissement. Bénéficiant de l’appui des sections socialistes des Pennes et de La Gavotte, Bouffier arriva en tête au premier tour avec 1 222 voix sur 4 157 inscrits contre 1 053 à Savine, et fut élu au second avec 1 695 suffrages contre 1 361 à ce dernier sur 3 181 votants. Savine n’avait pas fait le plein des voix communistes, ses rapports avec ceux-ci étant passés de l’hostilité franche à une collaboration mitigée.  Au niveau du canton, son parcours avait donc  été entravé par l’opposition avec le maire des Pennes-Mirabeau durant ces trois années (1931-1934). Selon Robert Mencherini, « cet épisode [montrait] la complexité à la fois du territoire concerné et des tensions au sein même de la SFIO ».
Le dimanche 2 février 1936, V Savine présida le meeting organisé à Gardanne par les organisations adhérentes du Front populaire auquel participèrent Lassalarié pour le Parti socialiste SFIO, Yves Moustier* pour le Parti communiste et Henri Mauriat, militant socialiste pour la Ligue des  droits de l’homme. La question de la défense des travailleurs étrangers en était le thème principal car la protestation était dirigée contre l’arrêté d’expulsion qui avait frappé Danilo Mannucci, syndicaliste CGTU puis CGT, militant communiste, reconduit à la frontière, et livré à la police mussolinienne. Dans les jours qui suivirent les grèves victorieuses des mineurs et des ouvriers de l’usine d’alumine, il assista au meeting du PCF (21 juin 1936) qui se tint devant le Saint-Roch (actuel boulodrome), en présence de Maurice Thorez.
En avril 1934, Victor Savine avait proposé l’unité syndicale à la CGTU, mais Rouge-Midi lui répondit par l’affirmation du Front unique. Entre octobre et décembre 1935, la fusion syndicale s’organisait par puits successifs dans le bassin minier. Lors du congrès départemental commun CGT-CGTU qui se déroula les 4 et 5 janvier 1936, il fut désigné avec Julien Payan, Jean Milanési, Jean Barthélémy, Louis Jonche et Jules Dagnan-(Jules ?) (pour les puits Gardanne-Biver) comme délégué pour le congrès fédéral d’Albi des 27, 28 et 29 février 1936. 
Dans les deux années qui suivirent l’unification, le courant « unitaire » progressa fortement. A partir de 1938, les désaccords  entre les courants « unitaires » et « confédérés » reprirent et s’accentuèrent au sein de la CGT. Favorable en 1935-1936 à la réunification syndicale, Savine rejoignit en 1938 les minoritaires ex-confédérés. Il se rallia, comme Louis Armand ( secrétaire administratif de l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône en 1936-1937 après la réunification syndicale) au courant « Syndicats », très anticommuniste, lorsque les communistes eurent pris le contrôle de l’UD.
Il fit des réserves sur le rapport moral de Charles Nedelec au congrès de l’UD en juin 1939 qui vit les unitaires dominer totalement le bureau départemental. Le 26 novembre 1938, il avait été l’un des quatre maires des Bouches-du-Rhône poursuivis pour avoir manifesté en chantant L’Internationale contre les décrets-lois du gouvernement Daladier-Reynaud. (A-t-il participé à la grève générale du 30 novembre?)L’information ouverte contre lui s’acheva par un non-lieu le 15 février 1939.  Le 14 juillet 1940, Victor Savine prononça un discours devant le monument aux morts de Gardanne pour la défense de la République et fut révoqué le 21 janvier 1941 de ses fonctions de maire par le gouvernement de Vichy. Il créa, la même année, un noyau de résistants à Gardanne puis assura la responsabilité des cantons miniers de Gardanne, Roquevaire et Trets en 1942-1943. Il évita à de nombreux jeunes gens le départ pour le travail obligatoire en Allemagne. Selon Daniel Mayer, il était chef de secteur dans la résistance socialiste des Bouches-du-Rhône sous la direction de Max Juvenal. En mars 1944, avec l’aide d’un ingénieur de l’usine, il fournit des indications aux groupes francs des Mouvements unis de la Résistance (M.U.R.) qui réalisèrent, dans la nuit du 4 au 5, le dynamitage des autoclaves de l’usine d’alumine. Cette opération fut effectuée sous la conduite de Louis Martin-Bret (alias « Michel »), ancien conseiller général SFIO des Basses-Alpes, un des animateurs des M.U.R. dans ce département qui allait être assassiné le 20 juillet 1944 à Signes (Var). Le 26 mai 1944, la grève pour l’obtention de la ration de pain à 500 grammes, qui avait débuté la veille dans la métallurgie marseillaise, s’étendit aux grands centres industriels du département, notamment dans le bassin minier. Or le lendemain, l’aviation alliée effectua sur Marseille des bombardements dont la population civile eut à subir les tragiques effets. L’événement militaire mit fin à la grève, et le travail reprit le 30 mai, à l’appel de V Savine et Marius Joly. Dans la période qui précéda et suivit le 21 aôut 1944, il assura les fonctions de président du comité local de Libération clandestin et sauva notamment un capitaine de l’armée secrète chargé de parachuter des armes dans la région. Il cacha des stocks d’armes et de munitions chez lui.  Après la Libération, Victor Savine devint président de la délégation spéciale municipale en août 1944. La « Bataille pour la production » entraîna de nouvelles dissensions entre les deux courants syndicaux réunifiés. Le sous-Préfet d’Aix nota en octobre 1944 : « dans le bassin minier de l’arrondissement d’Aix, deux tendances s’opposent… Toutefois il apparait que M Savine, président du comité de libération de Gardanne (et M Joly*, président du comité de libération de Trets) sont toujours considérés dans le bassin minier comme des représentants qualifiés de l’ensemble des syndicats ». A Gardanne, Victor Savine fut élu secrétaire du syndicat dans une période où les efforts importants demandés aux mineurs suscitaient un fort mécontentement. Ainsi en novembre 1944, la grève qui menaçait dans le bassin minier fut enrayée finalement par une augmentation des salaires de 20%. Sans s’y opposer ouvertement, Savine et les socialistes critiquèrent l’attitude en faveur de l’effort productif, prônée de manière très volontariste par le PCF. Le service départemental des renseignements généraux (SDRG) fit état  de la « stupéfaction des syndicalistes socialistes » à la suite du discours de Maurice Thorez * dans le Nord, en faveur d’une journée de travail de 10 heures ; ces derniers demandèrent l’abaissement à 8 heures. Pourtant Victor Savine accueillit à Gardanne, le 9 mars 1946, Auguste Lecoeur, sous-secrétaire d’Etat à la production industrielle, communiste (voir photo) qui déclara : « La question du rendement doit prendre le pas sur toutes les autres considérations de la corporation minière ». Le lendemain il participa à un meeting avec Lucien Molino, secrétaire « unitaire » de l’Union départementale CGT, dont les principales thématiques furent celles de la nationalisation des mines et la « bataille du charbon ».
Auparavant, V. Savine avait été réélu maire de Gardanne le 29 avril 1945, puis conseiller général du canton englobant sa commune le 23 septembre suivant, contre le communiste Paul Paret.
Après la naissance de Force ouvrière - inscrite dans le contexte régional (mais aussi national) des grèves dites « insurrectionnelles » de 1947-1948 et des affrontements violents - ce courant syndical s’organisa assez tôt dans le bassin minier. Signe de la tension qui régna lors des grèves de 1947-1948 dans le bassin de Gardanne, lors du Conseil d’administration des Houillères du bassin de Provence du 10 mars 1948, V. Savine, en tant que vice-président de ce conseil, se désolidarisa des voeux de sympathie que cette instance avait votés, le 12 février 1948, en faveur de deux administrés ouvriers, dont Jules Caula, responsables de la CGT, et qui avaient été démis de leurs fonctions suite à la grève de 1947. Or, plus que les conflits de 1947, la grève de 1948 contribua à exacerber les tensions entre adversaires et partisans de la grève. Une autre séance du Conseil d’administration qui se déroula le 12 novembre, alors que la grève était loin d’être terminée, en témoigna. Victor Savine protesta contre l’attitude de deux ingénieurs « qui [n’avaient] pas eu, pendant cette grève, l’attitude sur laquelle le conseil [était] en droit de compter ». Logique avec lui-même, il invita « le Directeur général à déplacer ces deux ingénieurs ». En fait, il reprochait à M. Madesclaire (secrétaire général du Syndicat national des Ingénieurs des mines), d’avoir appelé à la grève ; et à M. Emery, d’avoir préconisé l’abandon des mesures de sécurité, ce dont ce dernier se défendit. Le vote qui suivit lui donna en partie raison ( le premier déplacement fut accepté par 11 voix contre 3 ; le second, celui de M Emery, fut refusé par 9 voix contre 6), mais les suites de cet épisode ne contribuèrent pas à ramener la sérénité parmi les personnels. Cependant, lors de la séance du 10 décembre, le conseil prit acte que l’appel de l’ingénieur n’était pas un appel à la grève, mais un appel « aux ingénieurs pour se solidariser moralement avec les mineurs en grève ». Il revint donc sur son vote initial. La « combinaison du politique et du syndical » joua plus que jamais. Les renseignements généraux (SDRG) remarquèrent que « dans ce milieu minier, l’action de « forces ouvrières » (sic) [était] facilitée par le climat politique et l’existence de « 7 municipalités socialistes SFIO sur 10 communes ouvrières ». Dès le début de l’année 1948, une union locale FO (dirigée par Roger Jerda des municipaux) fonctionna à Gardanne où « l’influence de V. Savine, conseiller général et maire de Gardanne (SFIO), était la principale cause des succès » attribués à FO dans les puits. Gardanne « par sa position [était] le point de ralliement des organisations FO du bassin minier » et le premier congrès statutaire de la nouvelle confédération eut lieu logiquement  dans cette ville, le 26 juin 1949. Or, malgré l’optimisme de Force ouvrière, les élections des délégués mineurs donnèrent l’avantage à la CGT maintenue.
Très populaire à Gardanne, V Savine fut constamment réélu maire de 1947 à 1965 et administra sa commune avec efficacité et compétence. Il prit sa retraite le 30 septembre 1948. En 1951, Victor Savine avait été candidat en 4e position sur la liste SFIO conduite par Félix Gouin* dans la 2e circonscription des Bouches-du-Rhône. Constamment réélu au conseil général en 1951,1958, 1964 et 1970, Victor Savine exerça à l’assemblée départementale de multiples responsabilités dans les commissions des finances (président de 1945 à 1948), de surveillance du sanatorium du Petit Arbois, des travaux publics, du logement, du personnel, etc. Il présida également celle de l’agriculture à partir de 1958 et la commission de surveillance du Centre spécialisé de l’enfance aux Cadeneaux. Élu membre de la commission départementale de 1950 à 1951 puis président en 1955-1956 et 1962, il fut également administrateur de l’Office public départemental d’HLM jusqu’en mars 1964, date à laquelle il fut élu président du conseil général.  Maire de Gardanne, Victor Savine fut membre de la commission départementale du travail et, de 1947 à 1964, membre du conseil d’administration des Houillères du Bassin de Provence, après la nationalisation ainsi que vice-président du conseil d’administration des Houillères et représentant du conseil d’administration à la Caisse de secours de sécurité minière.  Aux élections municipales de 1971, âgé de quatre-vingt ans, devenu trop autoritaire selon certains socialistes, il décida de se représenter, malgré leur avis, mais fut mis en ballottage au 1er tour et se retira au second, laissant la place à une municipalité d’union de la gauche alors qu’il était favorable à une coalition socialo-centriste. La première magistrature municipale revint au syndicaliste mineur et socialiste Philémond Lieutaud. En 1977, la fonction de maire échut au communiste Roger Meï-.
Aux élections cantonales de mars 1976, il ne se représenta pas mais participa activement à la campagne en faveur du candidat socialiste, le maire de Cabriès. Si l’on excepte les trois années où il fut révoqué par Vichy, Victor Savine a donc exercé pendant près de soixante ans de 1919 à 1976, des mandats électifs municipaux ou cantonaux dans le secteur ouvrier de Gardanne, et fait ainsi la preuve d’une longévité politique exemplaire.
Lors des obsèques civiles de Victor Savine, le 15 juin 1978, on nota « une nombreuse assistance de parlementaires, sénateurs, députés, conseillers généraux, maires et conseillers municipaux ». Il fut inhumé à Gardanne selon sa volonté, sans cérémonie officielle, ni fleurs.
Le stade municipal de Gardanne porte son nom.
SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, III M/56 et 57 ; IV M/17 ; V M2/255, 256, 282 et 283 ; XIV M24/62 ; XIV M25/134. — La République aixoise, 5 janvier 1931 ; 1er février 1936 -- Le Petit Provençal, 1931-1939. — Rouge-Midi, 14 avril et 5 mai 1934. — Le Midi syndicaliste, août 1932. — Le Provençal, 1945-1978 (photos le 17 juin 1951 et le 14 juin 1978). — Indicateur marseillais, 1945. — Philippe Guibert, La vie politique à Gardanne de 1918 à 1978, Mémoire de Maîtrise, Aix, 1979. — Rens. du militant. -- Robert Mencherini, « Socialistes en bassin minier, dans la première partie du XXe siècle », in Territoires européens du charbon, des origines aux reconversions, Xavier Daumalin, Sylvie Daviet, Philippe Mioche (sous dir. de), Publications de l’Université de Provence, 2006. -- AD BdR , 3M, 417 rapport sur les élections des 5 et 12 mai 1929.— AD BdR , M6 reclassé en W, rapport du sous-préfet d’Aix, 17 octobre 1944. – AD BdR , rapport SDRG, 29 novembre 1944. — AD BdR , rapport SDRG, 10 août 1945. – AD BdR, rapport SDRG, 11 mars 1946. – AD BdR, rapport SDRG, 31 mai 1947.— AD BdR SDRG, rapport du 4 février 1948. --  AD bdR ,1 EPT 927, Conseil d’administration des Houillères de Provence, 12 novembre 1948. --  Bulletin de Force ouvrière, janvier 1949.– Le Provençal, 19 juin 1978. – Gérard Pio, Mines et mineurs de Provence, ed Clair Obscur, Aix en provence, 1984.— Témoignages de Toscano Pazzaglini, Silvano et Danilo Mannucci (informations sur les activités des antifascistes italiens à Gardanne). --  Notice Martin-Bret Paul, Louis, DBMOMS, par Jacques Gans.—Madeleine Baudoin, Histoire des Groupes francs (M.U.R.) des Bouches-du-Rhône de septembre 1943 à la libération, coll. « Esprit de la Résistance », PUF, 1962.— Jean-Paul Beauquier, « Répétition ou démonstration ? L’agitation ouvrière dans la région marseillaise au printemps 1944 », in Provence historique, tome XXIX, fascicule 117, juillet-août-septembre 1979, pp 304-341. – Xavier Daumalin, Jean Domenichino, Philippe Mioche, Olivier Raveux, Gueules noires de Provence, le bassin minier des Bouches-du-Rhône (1744-2003), ed Jeanne laffitte, 2005.